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Sargis

Première mission en Arménie : Sargis, 2 ans est désormais sauvé

02/01/2017

Après quarante ans de carrière chez Air France, Lyliane rejoint Aviation Sans Frontières en 2004.

Elle œuvre au siège et s’occupe, selon les besoins, de tâches administratives ou de demandes d’associations qui sollicitent la Messagerie Médicale pour l’envoi de matériel médical. Elle accompagne également régulièrement des enfants en urgence de soins. Depuis douze ans, elle sillonne le monde, du Pakistan au Laos, de l’Ukraine au Mali, ce monde où il n’est pas encore possible d’opérer des enfants atteints de pathologies lourdes.

Elle revient pour nous sur sa dernière mission, entre Paris et Erevan en Arménie.

« Je ne sais pas combien d’enfants j’ai accompagné vers la guérison. Je ne tiens pas les comptes mais je pars environ une fois par mois, depuis huit ans, alors j’ai partagé beaucoup de moments intenses avec les familles, les équipages et bien sûr les enfants.

Ce dernier accompagnement est un des plus émouvants qu’il m’ait été donné de vivre.

Je suis partie le 16 novembre dernier pour Erevan. C’était la première fois qu’Aviation Sans Frontières était missionnée pour prendre en charge un enfant malade en Arménie. Ce petit garçon, Sargis avait tout juste eu deux ans quand je l’ai récupéré.

En arrivant, sa famille m’attend à l’aéroport avec une traductrice et tient à m’inviter chez elle pour que nous prenions le temps de discuter, pour se rassurer certainement. Les parents voulaient vraiment savoir comment allait se dérouler la mission, ce que leur enfant allait vivre les prochaines semaines et surtout à qui ils allaient confier leur enfant. Je découvre des gens très chaleureux et spontanés mais je perçois très vite l’inquiétude de la maman. Ce n’est pas toujours le cas, dans certaines cultures, la pudeur est de mise et la démonstration de sentiments n’est pas toujours tolérée. Cette fois-ci, les échanges sont simples et je comprends tout de suite les craintes de la maman. Son besoin de me connaître. Le petit aussi d’ailleurs. Il m’appelle immédiatement « taty » qui veut dire Grand-Mère en arménien. Lorsque nous arrivons à l’aéroport le lendemain, l’angoisse de cette femme est extrême. Elle voit son fils unique, déjà opéré à la naissance pour sa pathologie cardiaque, partir pour une deuxième opération. Celle-ci est vitale, elle le sait et ce départ est une chance mais il faut néanmoins vivre la séparation. Je sais que les prochaines minutes seront les plus difficiles de la mission. Alors je ne m’attarde pas. Il ne faut pas laisser les au-revoir s’éterniser.

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Sargis A

Dans l’avion, le petit reste calme malgré son chagrin. Il appelle souvent sa maman « Yaya » (maman en arménien) et attendrit les passagers et l’équipage. Le vol se passe sans encombre. Arrivés à Paris, je le confie à une autre accompagnatrice d’Aviation Sans Frontières pour le dernier vol jusqu’à Nice.

Sargis a été opéré deux ou trois jours plus tard et n’a rencontré aucune complication médicale. Je savais qu’il allait pouvoir repartir rapidement, juste après sa convalescence.

Exceptionnellement, à la demande des parents, j’effectue l’accompagnement retour. C’est très rare de pouvoir le faire, pour éviter que l’enfant ne s’attache, pour nous aussi d’ailleurs.

Mais je suis heureuse. Par rapport à l’enfant bien sûr mais aussi pour la famille. J’avais bien senti qu’il était très important pour eux de parler et de nouer des liens avec celle ou celui qui prendrait dans ses bras leur fils durant ces longs voyages. Nous sommes donc revenus le 14 décembre. La neige recouvrait Erevan causant des retards d’avion car les pistes n’étaient pas déblayées. J’avais peur que les parents de Sargis ne soient pas à l’aéroport, bloqués eux aussi par la neige.

 

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Lyliane

Mais dans l’aérogare, j’assiste à une explosion de joie. Le petit crie "Yaya" et la maman est tellement heureuse, superbe, elle rit de bonheur.

Je l’ai ramené il y a quelques semaines, guéri, pour le plus beau Noël de cette famille que je n’oublierai jamais. »