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Le jour où Jean-Louis est parti pour une mission d’urgence à Abu Dhabi
27/02/2025
Depuis 2007, en collaboration avec l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), Aviation Sans Frontières vient en aide aux Réfugiés ayant obtenu le droit d’asile dans un pays d’accueil. Ces bénéficiaires (enfants seuls, parents isolés, familles, groupes, parfois handicapés), qui sont dans une condition physique ou mentale difficile, ont besoin d’une escorte opérationnelle pour les accompagner durant leur long voyage par les airs.
Jean-Louis revient sur une mission qui l’a particulièrement marqué.
« Lorsqu’Aviation Sans Frontières m’a contacté pour cette mission en urgence à Abu Dhabi, j’étais loin de m’imaginer les moments forts que j’allais vivre. Il s’agissait d’une mission de dernière minute pour escorter un migrant Afghan réfugié aux Emirats. Seule précision, une chaise roulante serait nécessaire pour les déplacements au sol pendant tout le trajet.
C’est pourquoi j’ai eu la surprise de découvrir, à l’aéroport d’Abu Dhabi, l’état physique de Naim, mon futur compagnon de voyage jusqu’à Denver. Des malformations congénitales lui ôtaient l’usage de ses bras et de ses mains et ses jambes déformées m’ont fait croire dans un premier temps à des amputations au niveau des cuisses.
Ayant seulement la capacité de conduire son fauteuil roulant électrique, j’ai compris que depuis toujours, il vivait à la merci de son entourage et âgé de 43 ans, il n’avait jamais connu autre chose...
Notre premier vol était d’Abu Dhabi à destination d’Istanbul, suivi d’un vol d’Istanbul à Houston, avec formalités d’immigration sur le sol américain, et pour finir la journée, un dernier trajet de Houston à Denver, soit au total 20 heures de vol et 6 heures d’escale.
Le premier souci pour l’embarquement fut pour des raisons de sécurité de déconnecter la batterie de son fauteuil roulant. Plusieurs personnes s’affairent autour de la chaise mais rapidement j’avais remarqué un cabochon vert qui me rappelait ce qu’on trouve sur les voitures. On put ainsi débrancher la chaise et l’enregistrer jusqu’à Houston.
L’ensemble de l’équipe de Turkish Airlines s’est alors mobilisée pour bien nous placer en cabine et l’équipe IOM locale nous a guidé vers la porte d’embarquement. Pour se présenter Naim me montra sur son portable qu’il manie incroyablement avec le poignet sa photo avec « Jésus loves you » pour m’indiquer qu’il est chrétien.
En vol tout se passa relativement bien, vu qu’il s’endormit assez rapidement. Cependant je m’inquiétais un peu car il refusait de manger et de boire.
A l’escale d’Istanbul, réapparut la chaise roulante électrique qui était pourtant enregistrée jusqu’à Houston. A nouveau, palabres pour savoir si on pouvait la monter à bord et dans quelles conditions… La chaise semblait poser plus de problème que son propriétaire infirme.
Lors du vol Istanbul - Houston, ma première impression s’estompa et plutôt que de voir ce qu’il ne pouvait pas faire, je commençais à retenir le peu qu’il pouvait faire malgré ses handicaps multiples. Et surtout, il avait le sourire à chaque fois que je m’adressais à lui. Petit à petit, une complicité s’installait entre nous et finalement il accepta repas et boisson, moment particulier où il a besoin de son entourage pour lui donner à manger et à boire.
Arrivés à Houston, les formalités ne posèrent aucun problème et les services d’immigration firent preuve d’humanité car les contrôles visuels et des empreintes étaient malaisés voire impossibles.
En revanche, le contrôle sécurité dura environ une heure. Aux Etats Unis, chaque passager reçoit une note en fonction de son degré de sécurité. Cette note va de 1 « S » à 4 « S » …Naim, afghan en chaise roulante a eu droit au « 4 S ».
Enfin, réapparut à nouveau la chaise roulante qui resta un élément important de ce voyage en refusant d’avancer : batterie à plat. Heureusement, nous avons pu trouver une prise et un adaptateur pour recharger la batterie et arriver par étapes à la salle d’embarquement…Cela déclencha le rire pour moi et Naim au vu des multiples soucis techniques auxquels nous avons dû faire face.
Enfin, nous pûmes embarquer sur le vol Houston - Denver et le dernier vol fut consacré au sommeil et à l’impatience d’arriver.
A Denver, la batterie de la chaise refusa définitivement de repartir et c’est en poussant l’engin que furent parcourus les derniers mètres...
Ses amis afghans vinrent nous accueillir et Naim retrouva ses repères en pouvant communiquer dans sa langue. Tout le groupe voulait m’inviter à son hôtel pour fêter notre arrivée, mais le mien était réservé et la fatigue se faisait sentir. Finalement, je quittais Naim en nous faisant la bise et l’émotion fut intense.
Quelle belle mission !"
En 2024, les États-Unis ont été le pays de destination de la majeure partie de nos accompagnements avec près de 4000 personnes escortées vers cette destination, soit environ 65% des missions effectuées cette année-là.